Photographe Pornichet - Serge ROSTAING

Scéance de dressage des jeunes lions


 

Séance de dressage avec André-Joseph Bouglione


 

André-Joseph Bouglione vient de passer la porte grillagée pour entrer dans l'antre des félins. Il vérifie la stabilité des accessoires, déplace un élément, se met en condition. Une concentration extrême tout en affichant une totale décontraction, avec un sourire de plaisir aux coins des lèvres...

 

 Le portillon s'ouvre : Sarah, Kelly et Ouchda, trois lionnes magnifiques pénètrent dans le cercle protégé par d'immenses grilles, elles sont suivies de Thao, le jeune lion. Aussitôt, chacun d'eux se positionnent sur les 4 grands tabourets qui leurs sont destinés. «  Bravo Sarah, c'est bien Sarah, c'est bien Kelly, ça va aller Ouchda ! André-Joseph les complimente, les rassure... Un bâton d'environ 1,50 m, dans une main et une chaise dans l'autre, il les encourage à monter sur une installation, pour former une belle pyramide. Les fauves rugissent, manifestent leur agressivité, Sarah est un peu récalcitrante aujourd'hui. André-Joseph insiste, impulse ses ordres avec fermeté et après plusieurs tentatives, elles se placent correctement «  C'est bien les filles ! » Thao se montre docile et optempère pratiquement aussitôt. 

 

Le premier exercice est satisfaisant, chacun doit maintenant retourner à sa place, mais Sarah, dans un élan fougueux se rue sur André-Joseph qui grâce au bouclier de sa chaise, les quatre pieds en avant, désarçonne la lionne qui recule, mais dans un soubressaut donne un coup de croc et casse le bâton «  C'est le dixième bâton depuis le début du mois « , constate André-Joseph

 

Après une pause de quelques minutes où chacun reprend ses repères, son souffle, sa concentration et sa décontraction... André-Joseph prépare un nouvel exercice. Les lionnes et le lion doivent se coucher sur le sol et rouler. Thao commence «  seat Thao ! en arrière, seat ! ». Thao s'assoit, s'allonge et André-Joseph joue avec le fil d'un fouet qu'il utilise sans violence mais seulement pour soutenir l'attention du lion et l'inviter tout en douceur à prendre certaines attitudes... 

 

L'atmosphère est tellement paisible que les poules viennent passer leurs têtes à travers les barreaux accompagnées d'un coq qui chante à tue-tête... Tandis que le braiment de l'âne, plus loin, leur répond. Dans la cage derrière, les tigres font une chorégraphie, en parfaite synchronisation. Il y a comme une osmose perceptible entre le dompteur et les animaux. Cette véritable connexion invite André-Joseph à poursuivre cette répétition  «  C'est ma meilleure répétition depuis quelques jours ! ». Sarah doit sauter par-dessus un obstacle et après quelques actes manqués elle accomplit son numéro sans difficulté... 

 

La répétition se termine, Sarah, Kelly, Ouchda et Thao regagnent leur cage, mais ils pourront disposer de leur aire de travail si ils le désirent, les grilles restent ouvertes.  «  La piste doit être un lieu de détente aussi, pas uniquement de travail ». 

 

André-Joseph Bouglione sort de la piste, fatigué, mais heureux : «  Pour moi, ce n'est que du plaisir. Il n'y a pas de montée d'adrénaline. Ils sont tellement aggressifs que si je ne suis pas complètement calme, ce ne serait pas possible ». 

 

Quand et comment avez-vous commencé à dresser les fauves ? 

 

J'ai commencé avec les chevaux, mais avec les fauves la relation est plus franche, plus directe. Au bout de 5 minutes on est au courant. Le dressage des fauves, c'est comme les hommes avec les enfants. Il faut insister, insister, ne jamais cèder. Si ça ne passe pas, il faut chercher une autre solution pour que le problème soit évincé. Les fauves ont la force et la vitesse, nous les hommes on a l'avantage d'être plus malins. On les a par la ruse... 

 

Quelle méthode de dressage ? 

 

Je les dresse à m'attaquer, c'est un jeu pour moi, pas pour eux. Ils sont sérieux, la charge déclenchée, il faut savoir parer, et,  rapidement, ils en ont marre. La défense formidable, c'est la chaise, car il y a 4 pieds et qu'ils ne savent pas lequel choisir, alors ils abandonnent la charge. Cette méthode est très ancienne, elle était utilisée dans les années 30 / 40. C'est la technique de la férocité, avec un dressage en douceur. Tout le jeu est de ne pas les repousser pour qu'ils n'aient pas peur de charger, il y a un côté très dangereux. C'est aussi une volonté contre une autre, et c'est celle de l'homme qui doit être la plus forte. Je ne touche jamais l'animal, le travail est exécuté en douceur, tout en préservant leur instinct naturel de férocité. C'est plus facile avec les lions et les lionnes car ils vivent en meute, ils ont une vie sociale, tandis que le tigre est un solitaire. 

 

Pendant que André-Joseph Bouglione discute, le lion et les lionnes se sont rapprochés de la grille. Et maintenant les fauves sont allongés tout près, à peine un mètre les sépare de nous «  Voyez, ils viennent juste à côté de nous, c'est leur côté social », André-Joseph, les caresse à travers la grille. 

 

 

Depuis quand le cirque Bouglione existe t-il ? 

 

Le cirque Bouglione existe depuis les années 1919 / 1920. Au départ, c'était une ménagerie foraine avec des montreurs d'ours. Les ancêtres Bouglione étaient les plus grands spécialistes du monde du dressage. Ils possédaient des ours d'une race très célèbre, aggressifs sans férocité, et, en même temps dociles et assez intelligents pour travailler. 

 

D'où viennent les animaux et combien en avez-vous ?

 

Les animaux proviennent d'autres cirques où ils sont bien traités. Ils ont tous été élevés par leur mère en captivité depuis des générations. Ils sont bien dans leur tête sinon, on ne pourrait pas travailler. Nous possèdons 15 fauves et une soixantaine d'animaux divers. Tous travaillent

 

 

Que peut-on dire pour leur défense ? 

 

Lorsque l'animal est à l'état sauvage, il chasse et se reproduit. En captivité les fauves peuvent se reproduire, mais ils sont privés de chasse. Nous devons regarder l'animal avec un oeil animal, pas un oeil humain. En pratiquant le dressage, on les stimule physiquement, et intellectuellement, c'est grâce au dressage que les animaux sont heureux en captivité. 

 

Le cirque Bouglione vient passer l'été à Saint-Nazaire. Il est reparti à Paris début septembre et y restera jusqu'en mai. Itinérant, il se déplace, mais reste un mois sur chaque site 

Dressage des jeunes lions par André-Joseph Bouglione

Photo 2332: de gauche à droite, Sarah, Thao, Ouchda, Kelly 

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cirque Joseph BOUGLIONE

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